Comprendre l'arrachage compulsif
Un geste qui apaise sur le moment, des cheveux qui manquent ensuite, et des solutions qui existent.
Un cheveu entre deux doigts, une légère tension, puis ce petit soulagement quand il cède. Le geste revient devant l'écran, au volant, pendant un appel. Un soir, dans le miroir, une zone clairsemée apparaît au-dessus de l'oreille. Vous vous promettez d'arrêter. Le lendemain, la main repart toute seule. Ce comportement porte un nom, la trichotillomanie, et il se soigne.
Ce guide vous aide à comprendre ce qui se joue dans ce geste. Il vous apprend à distinguer une chute par arrachage des autres causes de perte de cheveux. Vous y trouverez aussi les traitements validés, le devenir des cheveux arrachés et les rares cas où une greffe se discute.
Des plaques rondes et parfaitement lisses ? Lisez notre dossier pelade
L'essentiel en 30 secondes
- Un trouble reconnuLe besoin répété de s'arracher les cheveux figure dans les classifications médicales, au même titre que d'autres troubles apparentés au TOC.
- Un diagnostic rapideAu trichoscope, le dermatologue repère des cheveux cassés à des hauteurs différentes, très évocateurs.
- Un traitement cibléLa thérapie comportementale agit sur le geste lui-même. Les cheveux peuvent repousser si l'arrachage cesse à temps.
0,5 à 2 %
de la population concernée, selon les études en population générale
57 %
des patients étudiés présentaient un signe en V au trichoscope
1,41
taille d'effet de la thérapie comportementale dans une méta-analyse de 2014
Définition
Qu'est-ce que la trichotillomanie exactement ?
À retenir
- Un trouble médical décrit depuis 1889, pas un défaut de caractère.
- Le geste répond à une tension, il ne vise pas l'apparence.
- Il touche surtout des femmes à l'âge adulte, souvent en silence.
La trichotillomanie désigne un besoin répété, et difficile à contrôler, de s'arracher les cheveux ou les poils. Le mot vient du grec, thrix pour le cheveu et tillein pour arracher.
Le dermatologue français Hallopeau l'a décrite dès 1889, à propos d'un jeune homme qui s'arrachait les cheveux par touffes. Plus d'un siècle plus tard, le trouble reste méconnu du grand public, et parfois des soignants eux-mêmes.
Un trouble reconnu, pas une simple mauvaise habitude
Depuis 2013, la classification américaine des troubles mentaux, le DSM-5, range la trichotillomanie parmi les troubles obsessionnels compulsifs et apparentés. On parle aussi de comportement répétitif centré sur le corps, comme se ronger les ongles ou triturer sa peau.
Pour poser le diagnostic, les médecins s'appuient sur quelques critères simples :
- l'arrachage est récurrent et entraîne une perte de cheveux, parfois cachée ;
- la personne a déjà essayé, à plusieurs reprises, de réduire ou d'arrêter ;
- le comportement crée une souffrance ou une gêne sociale, scolaire ou professionnelle ;
- il ne s'explique pas mieux par une maladie de peau ou un autre trouble psychique.
Ce dernier point compte. Une personne qui s'arrache les cheveux pour corriger un défaut qu'elle croit voir relève d'un autre trouble, la dysmorphophobie. Dans la trichotillomanie, le geste ne vise pas l'apparence. Il répond à une tension intérieure.
Dans le langage courant, on parle aussi de trich ou de trouble de l'arrachage des cheveux. Ces mots désignent la même réalité.
Arrachage automatique ou arrachage focalisé
Tous les arrachages ne se ressemblent pas. Certains se produisent presque à l'insu de la personne, en lisant, en conduisant ou devant une série. D'autres sont recherchés, avec un cheveu choisi et un apaisement net une fois qu'il est retiré.
Deux façons de s'arracher les cheveux
Repérer sa forme dominante oriente directement les outils de la thérapie.
Forme 1
Arrachage automatique
- Quand
- Pendant une activité absorbante : lecture, écran, conduite, téléphone.
- Conscience du geste
- Faible, la personne s'en rend compte après coup.
- Premier levier
- Rendre le geste visible : carnet, barrières physiques, objet dans la main.
Forme 2
Arrachage focalisé
- Quand
- Face à une tension, une émotion ou une envie précise, avec parfois un rituel.
- Conscience du geste
- Forte, avec la recherche d'un cheveu particulier.
- Premier levier
- Apprendre à traverser l'envie sans lui obéir, avec un geste de remplacement.
Beaucoup de personnes combinent les deux formes : on parle alors d'arrachage mixte.
Cette distinction n'a rien d'académique. On ne désamorce pas un geste inconscient de la même manière qu'un rituel recherché, et le thérapeute adapte ses outils en conséquence.
Qui est concerné ?
Le trouble commence le plus souvent autour de la puberté, mais il peut apparaître plus tôt ou bien plus tard. Il touche des hommes comme des femmes, avec une nette prédominance féminine à l'âge adulte. Beaucoup de personnes n'en parlent pas, ce qui rend les chiffres difficiles à établir.
Les estimations restent prudentes, faute de grande enquête nationale. D'après une revue publiée dans l'American Journal of Psychiatry (Grant et Chamberlain, Trichotillomania, 2016), la prévalence ponctuelle varie de 0,5 % à 2 % selon les études. Chez l'adulte, on compte environ quatre femmes pour un homme. À l'échelle d'un open space ou d'un amphithéâtre, vous êtes donc loin d'être un cas isolé.
Source : Grant et Chamberlain, The American Journal of Psychiatry
Chez les femmes, l'arrachage s'ajoute parfois à d'autres causes qui brouillent le tableau, comme une carence ou une alopécie hormonale. Notre dossier sur la chute de cheveux chez la femme aide à faire le tri entre ces causes.
Diagnostic
Comment reconnaître une chute de cheveux par arrachage ?
À retenir
- Des zones irrégulières où subsistent des cheveux cassés de longueurs variées.
- Le trichoscope du dermatologue tranche souvent en quelques minutes.
- Avaler ses cheveux impose d'en parler vite à un médecin.
La trichotillomanie laisse un dessin assez particulier sur le cuir chevelu. Les zones dégarnies ont des contours irréguliers et sont souvent plus marquées d'un côté du crâne.
Les signes visibles sur le cuir chevelu
Surtout, la zone n'est jamais vraiment lisse. On y voit des cheveux cassés à des longueurs différentes, des repousses courtes et dressées, quelques cheveux normaux restés en place.

Le cuir chevelu n'est pas le seul terrain. Les sourcils et les cils sont souvent touchés, parfois seuls. La barbe, les poils des bras ou du pubis peuvent l'être aussi, et les zones d'arrachage changent volontiers au fil des années.
Le geste s'accompagne souvent de petits rituels : rouler le cheveu entre les doigts, examiner la racine, le passer sur les lèvres ou le mordiller. Ces détails, que l'on a honte de raconter, aident pourtant beaucoup le médecin.
Tout cheveu arraché ne signe pas une trichotillomanie. Retirer de temps en temps un cheveu blanc pour des raisons esthétiques n'en relève pas, pas plus que jouer avec ses mèches sans les arracher. Le diagnostic suppose un arrachage répété, une perte de cheveux et des tentatives d'arrêt restées vaines.
Ce que voit le dermatologue au trichoscope
La trichoscopie est un examen simple et indolore, réalisé avec un dermatoscope posé sur le cuir chevelu. Elle grossit la surface et révèle des indices invisibles à l'œil nu.
Les dermatologues disposent désormais de signes assez spécifiques. D'après une étude publiée dans Acta Dermato-Venereologica (Rakowska et al., New Trichoscopy Findings in Trichotillomania, 2014), tous les patients atteints avaient des cheveux cassés de façon irrégulière. Sur les 44 patients concernés, parmi 370 inclus, 57 % présentaient aussi un signe en V. Ces images permettent souvent de trancher en consultation, sans biopsie.
Le signe en V correspond à deux cheveux issus du même orifice, cassés exactement à la même hauteur parce qu'ils ont été tirés ensemble. Les cheveux en flamme sont de petits résidus ondulés laissés par une traction brutale. Dans cette étude, on ne les retrouvait pas chez les patients atteints de pelade.
Pelade, traction ou arrachage, comment les distinguer ?
Trois causes de chute localisée se confondent souvent au premier regard. Le comparatif ci-dessous résume ce qui les sépare.
Trois chutes localisées, trois signatures différentes
Schémas simplifiés à visée pédagogique. Seul un examen médical, idéalement avec trichoscopie, permet de poser le diagnostic.
L'alopécie de traction ressemble parfois à un arrachage, car les deux reposent sur une force mécanique. La différence tient à l'origine : la traction vient d'une coiffure, l'arrachage vient d'une envie. Dans les deux cas, plus le geste dure, plus le risque de perte définitive augmente.
Imaginez une femme qui consulte trois fois pour une supposée pelade avant d'oser parler de ce qu'elle fait le soir. Ce qui la retient, c'est la peur d'être jugée. Une fois le geste évoqué, la trichoscopie oriente vite le diagnostic, et le bon parcours de soin peut commencer.
Le signal d'alerte à ne jamais taire
Certaines personnes portent les cheveux arrachés à la bouche, les mâchent ou les avalent. Ce comportement s'appelle la trichophagie. Les travaux du psychiatre Jon Grant montrent qu'il n'est pas rare chez les personnes atteintes.
Le risque est digestif. Les cheveux ne se digèrent pas et peuvent former une masse dans l'estomac, appelée trichobézoard. Douleurs abdominales, nausées, vomissements, amaigrissement : si ces symptômes accompagnent un arrachage, consultez rapidement un médecin et parlez-lui de ce geste sans détour.
Mécanismes
Pourquoi est-il si difficile d'arrêter de s'arracher les cheveux ?
À retenir
- Le geste soulage une tension, ce qui l'ancre dans une boucle.
- La honte qui suit relance la tension et donc l'envie.
- Repérer ses situations à risque est déjà un premier soin.
Les causes exactes de la trichotillomanie restent mal connues. Les chercheurs décrivent un trouble multifactoriel, où se croisent une vulnérabilité génétique, des particularités du fonctionnement cérébral et l'histoire de chacun.
Aucune de ces pistes ne fait de vous le responsable de votre trouble. En revanche, comprendre la mécanique du geste permet de savoir où agir.
Une boucle tension, geste, soulagement
Le mécanisme le plus décrit est une boucle de renforcement. Une tension monte, liée au stress, à l'ennui, à la fatigue ou à la concentration. Le geste d'arracher la fait retomber, parfois avec une vraie sensation de plaisir. Le cerveau retient la leçon : ce geste soulage.
Ce plaisir ressenti au moment de l'arrachage n'a rien de honteux. Il explique simplement pourquoi le geste résiste aux bonnes résolutions. Le soulagement immédiat pèse plus lourd, sur le moment, que les conséquences visibles ensuite.
La boucle qui entretient l'arrachage, et où la casser
Les pastilles jaunes situent les trois outils de l'inversion d'habitude sur le cycle.
- La tension monteStress, ennui, fatigue ou concentration prolongée.Levier : réponse concurrente
- Le gesteUn cheveu est arraché, parfois sans décision consciente.Levier : contrôle des déclencheurs
- Le soulagementBref, parfois agréable, il renforce le geste.
- La honteElle relance la tension, et la boucle repart.Levier : carnet d'auto-observation
Schéma simplifié du modèle comportemental décrit dans la littérature. Chaque parcours est différent.
Viennent ensuite la honte, la culpabilité, la peur d'être vu. Ces émotions font remonter la tension, et la boucle repart. C'est pour cela que la volonté seule échoue si souvent. On demande à la personne de renoncer à son principal outil d'apaisement, sans lui en donner un autre.
Les terrains qui favorisent l'arrachage
Le trouble apparaît volontiers dans des familles où d'autres membres sont concernés. Il coexiste souvent avec l'anxiété, la dépression ou le triturage de la peau. Les périodes de stress, comme un examen, une rupture ou un déménagement, peuvent réveiller les épisodes.
Le contexte compte aussi. Beaucoup de personnes décrivent des lieux et des moments à risque très précis. La salle de bain devant le miroir, le lit avant de dormir ou le bureau en fin de journée en sont des exemples typiques. Les identifier est déjà une partie du traitement.
Prenons l'exemple d'un étudiant qui n'arrache ses cheveux que pendant ses révisions, jamais en vacances. Il pense manquer de discipline. En observant ses épisodes, il comprend que la concentration prolongée est, chez lui, le déclencheur principal. Ce constat change tout : il sait désormais où agir.
Traitements
Quels traitements ont vraiment fait leurs preuves ?
À retenir
- La thérapie comportementale est le traitement de première intention.
- Les médicaments viennent en appui, toujours sur avis médical.
- Médecin traitant, dermatologue et thérapeute forment le bon trio.
La trichotillomanie répond à des approches ciblées, beaucoup mieux qu'aux conseils de bon sens. La vraie difficulté tient à l'accès à des professionnels formés.
L'entraînement à l'inversion d'habitude, traitement de première intention
La thérapie cognitivo-comportementale adaptée à ce trouble est le traitement recommandé en premier. Son noyau s'appelle l'entraînement à l'inversion d'habitude, habit reversal training en anglais. Il associe trois techniques travaillées en séance, puis au quotidien.

Ces techniques se travaillent avec un professionnel formé, en séances régulières, puis se pratiquent seul au quotidien.
Les trois techniques de l'inversion d'habitude
- Question à poser : dans quelles situations est-ce que j'arrache le plus ?
Prise de conscience
S'observer et identifier les déclencheurs de l'arrachage, en notant chaque épisode.
- Question à poser : qu'est-ce qui rend le geste trop facile chez moi ?
Contrôle des déclencheurs
Modifier les situations qui facilitent le geste, pour réduire la probabilité de commencer à arracher.
- Question à poser : quel geste puis-je faire à la place, discrètement ?
Réponse concurrente
Remplacer l'arrachage par un autre geste, comme serrer le poing, tricoter ou s'asseoir sur ses mains.
Programme mené avec un professionnel formé, généralement sur plusieurs semaines à quelques mois.
Ces techniques ont été évaluées dans plusieurs essais contrôlés, avec des résultats nettement supérieurs à ceux des médicaments seuls.
D'après une méta-analyse publiée dans le Journal of Psychiatric Research (McGuire et al., Treating Trichotillomania, 2014), la thérapie comportementale obtient une taille d'effet de 1,41. Celle des antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine atteint 0,41. Apprendre à désamorcer le geste reste donc la piste la plus solide.
Le thérapeute adapte ces outils à votre profil d'arrachage, automatique ou focalisé, et à vos situations à risque.
Imaginons une personne qui commence par acheter sérums et compléments anti-chute, sans effet sur l'arrachage. C'est un carnet tenu quelques semaines avec sa psychologue qui lui montre que tout se joue le soir, au lit, téléphone en main. Le travail peut alors se concentrer sur ce moment précis.
Les pistes médicamenteuses, à discuter avec un médecin
Les médicaments ne sont pas le traitement de première intention. Les médecins peuvent pourtant en proposer certains, en complément de la thérapie ou lorsque celle-ci ne suffit pas.
Parmi les pistes étudiées figure la N-acétylcystéine, un modulateur du glutamate. D'après un essai contre placebo publié dans les Archives of General Psychiatry (Grant et al., N-acetylcysteine, a glutamate modulator, in the treatment of trichotillomania, 2009), 56 % des adultes traités étaient nettement améliorés. Après douze semaines, ils n'étaient que 16 % sous placebo. L'essai ne portait que sur 50 adultes, ce qui impose de rester prudent.
Facile à se procurer, la N-acétylcystéine pousse certains à l'essayer seuls. Mieux vaut s'abstenir. Seul un médecin peut juger de son intérêt dans votre situation, des éventuelles interactions et du schéma adapté.
D'autres options existent selon le contexte, comme la mémantine, certains antidépresseurs ou la clomipramine. Leur choix relève du psychiatre ou du médecin traitant, jamais de l'automédication.
Vers qui se tourner en France ?
Le médecin traitant reste la première porte. Il vérifie l'absence d'autre cause de chute et oriente vers les bons interlocuteurs. Le dermatologue confirme le diagnostic, idéalement avec une trichoscopie, et suit l'état du cuir chevelu.
Pour le comportement lui-même, cherchez un psychologue, un psychiatre ou un médecin formé aux thérapies comportementales et cognitives. L'Association française de thérapie comportementale et cognitive met en ligne un annuaire de praticiens, consultable depuis son site.
Préparer sa première consultation
Une consultation se prépare. Notez depuis quand l'arrachage dure, les zones concernées et les moments où il survient. Signalez les cheveux portés à la bouche ou avalés, même si c'est gênant. Mentionnez aussi vos traitements en cours et vos antécédents d'anxiété ou de dépression.
Le médecin peut examiner le cuir chevelu, demander une prise de sang pour écarter une autre cause de chute et proposer une orientation. N'hésitez pas à demander si le thérapeute conseillé pratique l'inversion d'habitude. Cette question simple fait gagner du temps.
Au quotidien
Que faire au quotidien pour réduire l'arrachage ?
À retenir
- Observer avant de vouloir arrêter, carnet à l'appui.
- Ralentir la main et lui donner une autre occupation.
- Agir sur le geste plutôt que sur les cheveux.
Ces gestes ne remplacent pas une prise en charge. Ils permettent de reprendre un peu de contrôle en attendant un rendez-vous, et ils renforcent le travail fait en thérapie.
Trois gestes à essayer dès cette semaine
- Tenir un carnet d'arrachage. Pendant deux semaines, notez chaque épisode : l'heure, le lieu, l'activité, l'émotion ressentie. Ne cherchez pas encore à arrêter. Quelques situations finissent souvent par concentrer l'essentiel des épisodes.
- Mettre une barrière entre la main et le cheveu. Des gants fins ou des pansements au bout des doigts le soir, un bonnet ou les cheveux attachés pendant les moments à risque. Ces obstacles créent une seconde de conscience, souvent suffisante pour choisir un autre geste.
- Garder les mains occupées. Placez un objet à manipuler là où l'arrachage survient : balle souple, pâte à modeler, bracelet de perles. Choisissez une texture qui rappelle la sensation recherchée.
Ces gestes fonctionnent mieux combinés et répétés. Une semaine sans progrès visible ne signe pas un échec. Le carnet révèle souvent des déclencheurs que l'on ne soupçonnait pas.
Un quatrième levier mérite d'être cité : en parler. Confier le trouble à une personne de confiance peut alléger la honte, qui nourrit elle-même la tension. Consulter en fait partie, et ce pas reste trop rare.
Beaucoup de personnes n'osent jamais franchir le pas de la consultation. D'après l'American Journal of Psychiatry (Grant et Chamberlain, Trichotillomania, 2016), seules 39,5 % des 1 048 personnes atteintes d'une étude avaient déjà consulté un thérapeute. Prendre rendez-vous vous place parmi ceux qui se donnent une vraie chance d'aller mieux.
Source : Grant et Chamberlain, The American Journal of Psychiatry
Les erreurs qui entretiennent l'arrachage
Certains réflexes, très répandus, font plus de mal que de bien. Le module ci-dessous met chacun en regard du réflexe qui aide vraiment.
Le piège et le bon réflexe, erreur par erreur
Le piège
Compter sur la volonté seule
Se promettre d'arrêter net, puis se reprocher chaque rechute.
Le bon réflexe
Remplacer le geste
Un geste de remplacement prépare la réponse à l'envie, sans culpabilité.
Le piège
Traiter les cheveux plutôt que le geste
Shampoings anti-chute, sérums et compléments n'agissent pas sur l'envie d'arracher.
Le bon réflexe
Consulter tôt
Le diagnostic, puis la thérapie, ciblent la cause réelle de la chute.
Le piège
Tout raser ou tout cacher par honte
Le rasage décidé dans l'urgence et le secret entretiennent l'isolement.
Le bon réflexe
Décider à froid, et en parler
Une coupe courte peut aider si elle est choisie, en lien avec le thérapeute.
Le piège
Arrêter la thérapie aux premiers progrès
Une période calme ne signifie pas la fin du trouble, qui évolue par vagues.
Le bon réflexe
Garder ses outils
Quelques séances de rappel protègent mieux qu'un arrêt brutal.
Couper très court peut aider certaines personnes, car le cheveu devient difficile à saisir. Les postiches et les foulards soulagent aussi au quotidien. Ils deviennent un piège seulement s'ils servent à ne jamais en parler. Les rechutes peuvent survenir lors d'un nouveau stress : les anticiper fait partie du travail.
Repousse et greffe
Les cheveux repoussent-ils, et la greffe est-elle envisageable ?
À retenir
- Un cheveu arraché peut repousser si le geste cesse à temps.
- Des années d'arrachage au même endroit peuvent abîmer les follicules.
- La greffe ne se discute qu'une fois le trouble stabilisé.
Tant que le follicule n'est pas abîmé, un cheveu arraché peut repousser. Le follicule est la petite structure qui fabrique le cheveu. Aux premiers stades du trouble, la repousse reste possible si la personne parvient à cesser l'arrachage.
Certains se demandent s'il faut accélérer les choses avec un traitement local. Le minoxidil ne figure pas parmi les traitements de référence de ce trouble, centrés sur le geste. Il ne règle rien tant que l'arrachage continue, et son usage relève d'un avis médical.
Quand la perte devient définitive
Lorsque l'arrachage dure longtemps au même endroit, des cicatrices peuvent se former autour des follicules abîmés. Les cheveux ne reviennent alors plus. Seul un dermatologue peut évaluer cette évolution, parfois à l'aide d'une biopsie.

C'est souvent à ce moment que la question de la greffe apparaît. Elle mérite une réponse honnête.
La greffe de cheveux, uniquement sur un trouble stabilisé
Une greffe de cheveux ne traite pas la trichotillomanie. Si l'envie d'arracher est encore active, les greffons implantés risquent simplement d'être arrachés à leur tour. Le patient perdrait alors une partie de sa zone donneuse, qui ne se renouvelle pas.
Les dermatologues spécialisés dans la chute des cheveux posent donc des conditions strictes. Le dermatologue canadien Jeff Donovan pose par exemple plusieurs conditions. Il attend au moins un an sans envie d'arracher et une zone qui ne s'étend plus depuis un à deux ans. Il demande aussi une zone donneuse suffisante, un bon état de santé et un patient majeur.
Où en êtes-vous avant de penser à une greffe ?
Trois situations, trois réponses. Repère indicatif, à confirmer avec un dermatologue.
Situation 1
L'envie d'arracher est encore présente
Les greffons seraient exposés au même geste que les cheveux d'origine.
Pas de greffe, priorité au gesteSituation 2
L'arrachage a cessé depuis moins d'un an
La repousse est encore possible et la stabilité reste à confirmer dans le temps.
Attendre et suivre la repousseSituation 3
Le trouble est stabilisé, la zone ne repousse plus
- Au moins un an sans envie d'arracher
- Zone stable depuis un à deux ans
- Zone donneuse suffisante, patient majeur
Critères décrits par le dermatologue Jeff Donovan. Chaque dossier reste évalué au cas par cas.
Ces critères rejoignent les contre-indications à une greffe de cheveux qu'un praticien sérieux vérifie toujours. Lorsqu'ils sont réunis, la zone peut être abordée comme une zone cicatricielle localisée, avec des précautions propres au tissu abîmé. Notre dossier sur la greffe de cheveux sur cicatrice détaille ces contraintes.
Le suivi psychologique gagne à continuer avant et après l'intervention. Une période de stress peut réveiller l'envie, et le chirurgien comme le thérapeute doivent pouvoir en parler ouvertement.
Prenons le cas d'une femme d'une quarantaine d'années, sans épisode depuis trois ans, qui garde une zone clairsemée au sommet du crâne. Elle craint qu'on lui refuse toute solution à cause de son passé. Avec un trouble stabilisé et une zone qui n'évolue plus, son projet peut au contraire être étudié sereinement.
En attendant la repousse, comment vivre avec une zone clairsemée ?
Le temps de la repousse peut sembler long. Quelques solutions simples aident à se sentir mieux sans entretenir le geste. Une coupe adaptée, une raie déplacée ou un accessoire choisi peuvent masquer une zone dégarnie. Pour les sourcils, un maquillage doux évite de tirer sur les poils restants.
Ces astuces doivent rester des aides, pas des cachettes. Parlez-en à votre thérapeute si dissimuler devient une source d'angoisse supplémentaire. Nommer le trouble et le prendre en charge peut aussi alléger le poids du regard des autres.
Votre zone ne repousse plus ? Ce qu'une greffe peut apporter chez la femme
FAQ
Vos questions les plus fréquentes sur la trichotillomanie
Une question qui n'est pas ici ?
Chaque situation est différente. Le médecin traitant ou le dermatologue reste le meilleur interlocuteur pour examiner votre cuir chevelu et répondre à vos questions.
La trichotillomanie est-elle un TOC ?
Pas exactement. Le DSM-5 range la trichotillomanie dans la famille des troubles obsessionnels compulsifs et apparentés, mais elle fonctionne différemment. Dans un TOC, le geste répond à une pensée angoissante qu'il faut neutraliser. Dans la trichotillomanie, il soulage une tension ou procure un plaisir bref. Les deux troubles peuvent coexister, et c'est au psychiatre ou au psychologue de faire la part des choses.
Mon enfant s'arrache les cheveux, que faire ?
Chez le jeune enfant, l'arrachage accompagne parfois l'endormissement ou une période de tension, et il peut s'estomper avec le temps. Parlez-en tout de même au pédiatre ou au médecin traitant, sans gronder l'enfant, car les reproches renforcent la tension. Si le geste persiste, laisse des plaques visibles ou s'accompagne de cheveux avalés, un avis spécialisé s'impose. La trichotillomanie de l'enfant se prend en charge avec des approches adaptées à son âge.
Peut-on guérir définitivement de la trichotillomanie ?
Le trouble est souvent chronique, avec des périodes calmes et des périodes plus difficiles. Beaucoup de personnes parviennent pourtant à réduire fortement l'arrachage, voire à l'arrêter pendant des années. Le mot rémission est plus juste que guérison, car un stress important peut réveiller l'envie. L'objectif réaliste d'une prise en charge de la trichotillomanie est de reprendre la main durablement et de réagir vite en cas de rechute.
Les sourcils et les cils repoussent-ils aussi ?
Ils peuvent repousser, à condition que l'arrachage s'arrête avant que les follicules soient abîmés. Après de longues années d'arrachage, certaines zones peuvent toutefois rester clairsemées, et un dermatologue évalue alors l'état des follicules. En attendant, évitez de tirer sur les poils restants pour les égaliser. La repousse des sourcils demande surtout de la patience et un geste maîtrisé.
Comment aider un proche qui s'arrache les cheveux ?
Commencez par ne pas commenter chaque geste. Les remarques, même bienveillantes, augmentent la honte et la tension. Proposez plutôt une discussion calme, à un moment choisi, en nommant le trouble sans le juger. Vous pouvez l'aider à trouver un professionnel formé, l'accompagner au premier rendez-vous ou convenir d'un signal discret. Ce soutien d'un proche facilite souvent le travail mené en thérapie.
La trichotillomanie vient-elle d'une carence ?
Aucune carence connue ne provoque à elle seule le besoin d'arracher ses cheveux. En revanche, une carence en fer ou un trouble de la thyroïde peuvent causer une chute qui s'ajoute à l'arrachage et brouille le tableau. C'est pourquoi le médecin prescrit parfois une prise de sang. Elle permet d'écarter une autre cause de perte de cheveux avant de conclure à un arrachage seul.
En résumé
Reprendre la main, un geste après l'autre
La trichotillomanie est un trouble connu, décrit depuis plus d'un siècle. Les dermatologues savent en lire les signes, et des thérapies ciblées ont fait leurs preuves.
Le chemin le plus efficace passe par le geste avant le cheveu. Observer ses déclencheurs, apprendre une réponse concurrente et se faire accompagner par un professionnel formé ouvrent la voie à la repousse. Pour situer l'arrachage parmi les autres solutions médicales, notre guide des traitements de la chute de cheveux fait le point sur ce qui marche vraiment.
Votre checklist pour les prochaines semaines
- Tenir un carnetNoter chaque épisode pendant deux semaines pour repérer vos situations à risque.
- Confirmer le diagnosticConsulter son médecin traitant ou un dermatologue, idéalement pour une trichoscopie.
- Trouver un thérapeute forméChercher un professionnel des thérapies comportementales, pratiquant l'inversion d'habitude.
- Signaler toute ingestionParler sans détour au médecin des cheveux mâchés ou avalés.
- Patienter avant la greffeAttendre au moins un an sans envie d'arracher et l'avis d'un dermatologue avant tout projet.
Si une zone reste dégarnie malgré un trouble stabilisé, parlez-en d'abord à votre dermatologue. Il est le mieux placé pour dire si une solution réparatrice a du sens dans votre cas.
Aller plus loin
Et bien sûr, si vous souhaitez aller plus loin dans votre projet capillaire, rendez-vous sur le site de la Maison Marignan.
Prendre rendez-vous pour un avis personnaliséLes informations présentées sont à caractère général et ne remplacent pas un avis médical personnalisé. Avant tout traitement contre la chute ou toute greffe capillaire, consultez un médecin qui évaluera votre situation.
Sources
- Alopecia UK , trichotillomanie, formes et symptômes
- Le Manuel MSD , trichotillomanie, version pour les professionnels de santé
- Grant et Chamberlain, The American Journal of Psychiatry , revue clinique de la trichotillomanie
- McGuire et al., Journal of Psychiatric Research , méta-analyse des traitements
- Grant et al., Archives of General Psychiatry , essai de la N-acétylcystéine
- Rakowska et al., Acta Dermato-Venereologica , signes trichoscopiques
- Grant et Odlaug, Comprehensive Psychiatry , trichotillomanie et trichophagie
- Parakh et Srivastava, International Journal of Trichology , historique et formes cliniques
- Dr Jeff Donovan, dermatologue , greffe de cheveux et trichotillomanie
- Association française de thérapie comportementale et cognitive , annuaire des praticiens
- DermNet , trichophagie et trichobézoard